Focus : Tomiichi Murayama 

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Alors que Shinzo Abe s’apprête à commémorer les 70 ans de la fin de la Guerre du Pacifique, retour sur l’homme qui a bouleversé il y a 20 ans le discours mémoriel officiel nippon en reconnaissant et condamnant pour la première fois l’agression et la loi coloniale japonaise en Asie lors du deuxième conflit mondial.

Tomiichi Murayama est né en 1924 dans la préfecture d’Oita sur l’île de Kyushu. Issu d’une famille modeste, il parvient à entrer à l’université après sa démobilisation en 1945. Engagé dans différents syndicats et organisations, il entre au Parti socialiste du Japon (PSJ) au début des années 1950 et entame une carrière politique. D’abord conseiller municipal dans sa ville natale d’Oita, il est ensuite élu à l’assemblée préfectorale avant de devenir représentant à partir de 1972. Il accède à de hautes responsabilités au sein du PSJ au début des années 1990. Quand en 1993, son parti, allié à une coalition hétéroclite anti-PLD et anti-communiste remporte les élections législatives, il soutient le gouvernement de Morihiro Hosokawa. Il devient alors président du PSJ en 1994 et, à la faveur de tensions très fortes, au sein de la coalition, parvient à devenir premier  ministre en juin.

Murayama ne dirigera le pays que jusqu’en janvier 1996, date à laquelle le PLD reviendra aux affaires après sa victoire aux élections de 1995, mais il va laisser une marque importante dans la vie politique nipponne et qui subsiste aujourd’hui encore, 15 ans après avoir pris sa retraite.

A l’occasion des commémorations marquant le 50ème anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale, il prononce un discours historique le 15 août dans lequel Murayama s’excuse pour les atrocités commises par l’armée impériale japonaise durant le conflit et exprime ses « regrets ». Ce discours a depuis été répété chaque année par les Premiers ministres du pays à l’occasion de l’anniversaire de la capitulation, à l’exception de Shinzo Abe en 2013. Il est aujourd’hui considéré comme la position officielle du gouvernement nippon sur cette question et la volonté affichée de Abe de le modifier a entraîné une levée de boucliers en Chine et en Corée du sud, pays qui se méfient déjà des velléités négationnistes du premier ministre conservateur.

A l’époque, ce discours s’inscrivait dans un contexte favorable aux relations avec la Chine et la Corée du sud et était marqué notamment par la déclaration de Yohei Kono, Secrétaire général du cabinet, qui, en 1993, reconnaît l’existence des « femmes de réconfort », ces esclaves sexuels venues de toute l’Asie et notamment de la péninsule coréenne pour subvenir aux « besoins » des soldats nippons entre 1937 et 1945. Cette reconnaissance a ouvert la voie à la création du Fonds pour les Femmes asiatiques par Tomiichi Murayama. Cet organisme, dissous en 2007, a permis l’indemnisation symbolique de femmes coréennes, taïwanaises, philippines, indonésiennes et néerlandaises, victimes de ces sévices sexuels.

Malgré des avancées sociales importantes visant à améliorer les conditions de travail au Japon, son gouvernement devient vite impopulaire auprès des socialistes et de l’opinion. Critiqué pour sa gestion malheureuse du tremblement de terre de Kobe et de l’attentat au gaz sarin commis par la secte Aum dans le métro de Tokyo, sa coalition explose aux élections de 1995. Tomiichi Murayama démissionne en janvier 1996 et prend sa retraite politique en 2000 après un demi-siècle au service du pays.

Aujourd’hui, l’ancien premier ministre âgé de 91 ans est encore actif et milite régulièrement pour le rapprochement entre le Japon, la Corée du sud et la Chine. Il s’oppose également fermement à toute modification de la Constitution comme la plupart des hommes politiques (très rares aujourd’hui) issus de la génération d’avant-guerre.

Texte intégral en anglais du discours Murayama:

Source: Ministère des affaires étrangères du Japon

The world has seen fifty years elapse since the war came to an end. Now, when I remember the many people both at home and abroad who fell victim to war, my heart is overwhelmed by a flood of emotions.

The peace and prosperity of today were built as Japan overcame great difficulty to arise from a devastated land after defeat in the war. That achievement is something of which we are proud, and let me herein express my heartfelt admiration for the wisdom and untiring effort of each and every one of our citizens. Let me also express once again my profound gratitude for the indispensable support and assistance extended to Japan by the countries of the world, beginning with the United States of America. I am also delighted that we have been able to build the friendly relations which we enjoy today with the neighboring countries of the Asia-Pacific region, the United States and the countries of Europe.

Now that Japan has come to enjoy peace and abundance, we tend to overlook the pricelessness and blessings of peace. Our task is to convey to younger generations the horrors of war, so that we never repeat the errors in our history. I believe that, as we join hands, especially with the peoples of neighboring countries, to ensure true peace in the Asia-Pacific region -indeed, in the entire world- it is necessary, more than anything else, that we foster relations with all countries based on deep understanding and trust. Guided by this conviction, the Government has launched the Peace, Friendship and Exchange Initiative, which consists of two parts promoting: support for historical research into relations in the modern era between Japan and the neighboring countries of Asia and elsewhere; and rapid expansion of exchanges with those countries. Furthermore, I will continue in all sincerity to do my utmost in efforts being made on the issues arisen from the war, in order to further strengthen the relations of trust between Japan and those countries.

Now, upon this historic occasion of the 50th anniversary of the war’s end, we should bear in mind that we must look into the past to learn from the lessons of history, and ensure that we do not stray from the path to the peace and prosperity of human society in the future.

During a certain period in the not too distant past, Japan, following a mistaken national policy, advanced along the road to war, only to ensnare the Japanese people in a fateful crisis, and, through its colonial rule and aggression, caused tremendous damage and suffering to the people of many countries, particularly to those of Asian nations. In the hope that no such mistake be made in the future, I regard, in a spirit of humility, these irrefutable facts of history, and express here once again my feelings of deep remorse and state my heartfelt apology. Allow me also to express my feelings of profound mourning for all victims, both at home and abroad, of that history.

Building from our deep remorse on this occasion of the 50th anniversary of the end of the war, Japan must eliminate self-righteous nationalism, promote international coordination as a responsible member of the international community and, thereby, advance the principles of peace and democracy. At the same time, as the only country to have experienced the devastation of atomic bombing, Japan, with a view to the ultimate elimination of nuclear weapons, must actively strive to further global disarmament in areas such as the strengthening of the nuclear non-proliferation regime. It is my conviction that in this way alone can Japan atone for its past and lay to rest the spirits of those who perished.

It is said that one can rely on good faith. And so, at this time of remembrance, I declare to the people of Japan and abroad my intention to make good faith the foundation of our Government policy, and this is my vow.

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PLD et Komeito s’accordent pour une réforme de la politique de défense japonaise :

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Shinzo Abe passe en revue les FAD en octobre dernier à Tokyo (Photo: European pressphoto Agency)

Si on connaissait déjà la pensée de Abe et de certains membres éminents de son gouvernement dont son controversé vice-premier ministre et ministre des finances, Taro Aso, concernant la réforme de la politique de défense, celle-ci n’a pourtant guère avancé depuis le retour aux affaires des conservateurs en 2012 sur fond de tensions avec les voisins chinois et coréens. En juillet dernier, le gouvernement a publié un document réinterprétant la Constitution du pays et son article 9 qui interdit notamment le recours à la force pour y inclure le droit à l’autodéfense collective. Pourtant, ce changement n’a toujours pas été avalisé au niveau législatif et son articulation avec l’alliance militaire américaine est encore moins fixée.

C’est que le premier ministre a dû faire face à des dossiers plus brûlants qui ont ralenti ses projets : hausse de la TVA et élections législatives anticipées de décembre dernier en tête. Le parti au pouvoir doit également jongler avec une opinion publique qui ne porte pas dans son cœur les questions de défense et avec l’opposition du Komeitô, son partenaire de coalition, dont la base idéologique bouddhiste et pacifiste ne l’incline pas non plus à opiner dans le sens de Shinzo Abe.

Après plusieurs mois de discussions, le 20 mars, les deux parties sont enfin parvenus à un accord sur la réforme de la politique de défense japonaise et la mettre en phase avec le « pacifisme actif » de Abe. Ce texte devrait permettre aux travaux législatifs de commencer plus sérieusement et de se pencher sur différents sujets et notamment :

  • La participation encadrée aux opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU avec l’apparition de 5 principes d’intervention qui limitent l’usage de la force.
  • La consécration du droit à l’autodéfense collective qui doit permettre aux Forces d’autodéfense (FAD) de répondre militairement même si le Japon n’est pas la cible principale mais un allié proche (Etats-Unis, Australie).

Ces lois doivent permettre de faciliter l’envoi et l’intervention des FAD qui nécessitaient auparavant une autorisation ad hoc de la part de la Diète. Les travaux des deux parties doivent permettre de fixer un cadre précis des règles d’engagement et des missions confiées aux forces nippones sur le sol japonais et à l’étranger. La visite officielle de Shinzo Abe aux Etats-Unis prévue pour mai, doit également permettre d’accélérer les discussions entre les deux Etats concernant la réforme de leur alliance militaire, l’une des priorités du gouvernement Abe, qui n’a pourtant guère avancé à cause des crises en Ukraine et au Moyen-Orient.

Les travaux sont dirigés par le vice-président du PLD, Masahiko Komura, et par le vice-président du Komeito Kazuo Kitagawa.

Déjà de nombreuses controverses ont émergé concernant ce projet qui a créé une véritable levée de boucliers à Pékin et à Séoul dont les chancelleries ont dénoncé le caractère « révisionniste ». Des manifestations ont également lieu devant le bâtiment de la Diète à Tokyo et devant les appartements officiels du Premier ministre. Pourtant, comme l’a montré le journal Asahi, la population nippone ne montre guère d’intérêt sur cette question.

Les politiques dans le collimateur de la justice : retour aux années sombres ?

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(Photo: Reuters)

Après les démissions de Yuko Obuchi et Midori Matsushima en octobre dernier sur fonds de scandale financier, Koya Nishikawa, ministre de l’agriculture du 3ème cabinet Abe issu des élections de décembre dernier vient de démissionner à son tour le 23 février après des soupçons d’irrégularités dans la gestion de ses fonds politiques. Cette vague menace aujourd’hui de s’étendre à d’autres personnalités du gouvernement jusqu’au Premier ministre lui-même. Est-ce un retour aux années sombres de la politique japonaise dans les années 1990 ?

Après le départ de Kakuei Tanaka du poste de premier ministre en 1974, l’opinion japonaise a commencé à s’intéresser à la corruption endémique au sein de la classe politique nippone pour découvrir que tout le système était rongé par le clientélisme, les conflits d’intérêts et les marchandages. Cette phase a culminé dans les années 1990 et aura conduit à la recomposition totale du paysage politique japonais avec l’implosion du Parti libéral-démocrate et le retrait de toute une génération de politiques incarnée notamment par Noboru Takeshita impliqué dans le scandale Recruit-cosmos en 1989 et Yasuhiro Nakasone.

Le Japon s’est ensuite doté d’une solide législation visant à promouvoir la transparence dans la vie politique. La loi sur le contrôle des fonds politiques de 1948 a ainsi été amendée plusieurs fois et renforcé, une loi antigang a été passée en 1992 et un Conseil délibératif sur la transparence et l’éthique politique a été mise en place au sein de la Diète. Loi de contrôle des fonds politiques interdit notamment aux entreprises de réaliser des dons auprès de personnalités ou formations politiques pendant un an si elles touchent des subventions de l’Etat.

C’est justement sur ce point que les soupçons ont plané sur Koya Nishikawa. Il est ainsi accusé d’avoir reçu un don de la part d’une entreprise du Tochigi, fief de l’ancien ministre, 4 mois après une décision du gouvernement lui accordant une subvention de 700 millions de yen (plus de 5 millions d’euros). En octobre dernier, Yuko Obuchi et Midori Matsushima, respectivement Ministre de l’économie et Ministre de la Justice, avaient été poussé vers la sortie après des soupçons d’irrégularité dans la gestion de leurs fonds de campagne électorale.

Aujourd’hui, les soupçons pèsent sur Hakubun Shimomura, ministre de l’éducation, Yoshio Mochizuki, ministre de l’environnement, et Yoko Kamikawa, ministre de la Justice. Les deux derniers ont ainsi reçu des dons de la part de Suzuyo, une entreprise de logistique, tandis de Shimomura est accusé d’avoir reçu des dons de la part d’organisations politiques non-enregistrées, les Hakuyukai (Association des amis de Hakubun Shimomura), ce qui constitue un délit selon la loi de 1948. Shinzo Abe lui-même est visé pour deux  – relativement peu importantes – donations faites à son équipe de campagne par les entreprises Tohzai chemicals et Ube industries.

Reste à savoir quelles seront les conséquences à moyen et long terme de ces affaires. Les élections locales d’avril seront sans doute un bon moyen de mesurer la popularité du Premier ministre à la lumière de ces nouvelles révélations. Toutefois, il y a peu à parier que ces scandales financiers changeront la donne, en tout cas, ils n’ont pas empêcher Obuchi et Matsushima d’être réélue à la chambre des représentant haut la main en décembre dernier. De même, le Parti démocrate, qui aurait pu utiliser cette carte pour déstabiliser l’équipe gouvernementale doit faire face à ses propres accusations notamment contre son président Katsuya Okada dont certains dons semblent également irréguliers.

Angela Merkel à Tokyo, une visite hautement symbolique

4589649_5_ff85_angela-merkel-a-tokyo-le-9-mars-2015_ec2096ce747a342f5f2103cdc1370a7aLa chancelière allemande Angela Merkel est aujourd’hui à Tokyo, 7 ans après sa dernière visite. Elle a ainsi rencontré l’empereur Akihito ainsi que le premier ministre Shinzo Abe et serré – enfin essayé de serrer – la main au robot humanoïde Asimo fabriqué par Honda. Si la coopération économique et politique a été au centre des discussions entre les leaders de la 3ème et 4ème économie mondiale qui ont abordé entre autre la situation en Ukraine ou la question de la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU au sein duquel les deux Etats militent pour un poste de membre permanent, c’est le discours prononcé par la chancelière qui a le plus marqué les esprits.

Alors que la polémique et les rumeurs vont bon train dans la capitale nipponne concernant le discours que doit prononcer le Premier ministre Abe dans la perspective du 70ème anniversaire de la capitulation japonaise en septembre, Mme Merkel a envoyé un message fort en exhortant le Japon à regarder son passé en face. Lors de sa visite en 2008, la chancelière allemande avait déjà fait référence à ce sujet en se référant au discours prononcé en 1985 par le président allemand Richard von Weizsäcker, décédé le 31 janvier dernier. Considéré comme l’une des plus grandes figures morales de l’après-guerre, ce fils de diplomate condamné pour crimes contre l’humanité en 1945 a déclaré devant le Bundestag que le 8 mai devait être considéré comme un « jour de libération » :

« Personne n’attend des jeunes Allemands qu’ils portent une chemise de pénitent simplement parce qu’ils sont des Allemands. Mais leurs aînés leur ont laissé un lourd héritage. Nous tous, coupables ou non, vieux ou jeunes, devons accepter ce passé. (…) Celui qui ferme les yeux devant le passé s’aveugle pour l’avenir. Celui qui ne veut pas se rappeler l’inhumain s’expose aux nouveaux risques d’infection. »

Au Japon, où les troupes impériales ont également commis d’atroces exactions en Chine, dans la péninsule coréenne et en Asie du sud-est au nom de l’idéologie ultranationaliste des militaires lors de la Guerre du Pacifique (1937-1945), il a fallu attendre 1995 et le discours du Premier ministre socialiste Tomiichi Murayama pour que le pays émettent de « sincères remords » contre « l’oppression coloniale » et « l’agression » qui ont causé « d’importants dommages et souffrances aux peuples de nombreux pays » . Depuis, le discours de Murayama, avec la déclaration de Yohei Kono, secrétaire général du Cabinet de Kiichi Miyazawa en 1993, reconnaissant l’existence de l’esclavage sexuel pratiqué par l’armée à l’encontre de milliers de femmes notamment coréennes, ont constitué un invariant de la politique mémorielle officielle nippone.

La droite japonaise emmenée notamment par Shinzo Abe ou Taro Aso dénonce souvent cette politique d’excuses qu’elle considère comme inutile, contreproductive voire comme relevant d’une manipulation pour affaiblir l’influence politique du Japon. Shinzo Abe a ainsi déclaré modifier ce discours à l’occasion du 70ème anniversaire de la capitulation japonaise le 2 septembre prochain en incluant la déclaration Murayama mais en évoquant les contributions du pays pour la prospérité et la paix dans la région et dans le monde depuis l’avènement de la démocratie. Louable de premier abord, cet ajout devrait permettre de minimiser la responsabilité du pays comme lors du discours prononcé l’an dernier par le Premier ministre à Hiroshima lors des cérémonies en hommage aux victimes du premier bombardement nucléaire de l’histoire.

Les doutes sur l’intention d’un premier ministre qui flirte volontiers avec les milieux négationnistes ne devraient pas rassurer les opinions gonflées à l’orgueil national de la Corée du sud et de la Chine qui milite depuis plusieurs décennies pour une reconnaissance totale par le Japon de son propre passé. La visite d’Angela Merkel, représentante d’un Etat qui est parvenu par un lourd travail d’introspection et de mémoire, à dépasser deux décennies de nazisme et d’atrocités commises par ses forces armées sur le continent européen. Si la réconciliation régionale doit passer par un changement de cap de la politique mémorielle au Japon, elle devra également passer, comme pour l’Allemagne, par des efforts faits par les Etats voisins comme l’a rappelé très justement la chancelière allemande à Tokyo. Or, pour le moment, si le Japon n’est pas prêt à revenir sur son passé, la Chine de Xi Jinping et la Corée ne sont pas également prêts à collaborer sans arrière pensées politiques avec leur voisin nippon.

« Notre mission est de transmettre aux jeunes générations la mémoire des horreurs de la guerre afin qu’elles ne répètent jamais nos erreurs ». Tomiichi Murayama, 1995.

(Photo: Associated Press)

Le Musashi, l’un des fleurons de la marine impériale retrouvé :

thediplomat_2015-03-05_14-13-03-386x231Le 1er mars, une équipe emmenée par le milliardaire Paul Allen, cofondateur de l’entreprise Microsoft, a annoncé avoir retrouvé l’épave du Musashi, l’un des plus imposants navires de guerre à avoir jamais vogué sur l’océan avec son navire jumeau, le Yamato.

Plusieurs photos et vidéos prises depuis le sous-marin spécialement dédié à l’exploration sous-marine, hobby de Paul Allen, ont été depuis mises en ligne sur les réseaux sociaux et sur le site personnel de l’entrepreneur. On y distingue notamment très clairement sur sa proue le chrysanthème, emblème de la famille impériale.

Long de 263 mètres et d’un tonnage de 73 000 tonnes, le Musashi constituait l’un des fleurons de la marine impériale japonaise à l’époque où le cuirassé régnait encore sur les mers. Il embarquait notamment plusieurs canons de 460 mm, les plus gros jamais installés sur un navire de guerre. Sa construction débute en 1937 dans le plus grand secret, son objectif étant de pallier à l’infériorité numérique japonaise dans le Pacifique contre la marine américaine en déployant de véritables monstres de mer.

Achevé en 1942, il devient le navire amiral de la flotte nippone lors de la bataille du Golfe de Leyte, la plus grande bataille navale de l’histoire, en octobre 1944 près des côtes philippines. Il est coulé le 24 octobre mais il aura fallu plusieurs dizaines de torpilles et de bombes pour abattre le géant qui repose à plus de 1000 mètres dans la mer de Sibuyan. Il emporte avec lui 1023 marins. Le Yamato, son navire-jumeau gît lui au large d’Okinawa coulé lors d’une mission suicide en avril 1945.

Jamais localisé jusqu’à aujourd’hui, la découverte de son épave a longtemps faisait figure de mythe pour les scientifiques, historiens et passionnés d’exploration.

La vidéo de l’exploration du Musashi publiée par Paul Allen:

Nucléaire : l’arbitrage difficile pour le ministère de l’économie :

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La ministre de l’économie et de l’industrie, Yuko Obuchi, rencontrait le 17 octobre à Tokyo, les principaux patrons de l’énergie électrique réunis au sein de la Fédération des compagnies d’électricité (FEPC), la « denjiren », présidée par Makoto Yagi, PDG de Kansai Electric. Elle devait notamment les informer de sa décision d’accorder ou non une prolongation d’activité pour les centrales nucléaires qui ont commencé à opérer il y a 40 ans. Encore une fois, le ministère de l’économie a préféré botté en touche en renvoyant sa décision à plus tard cette année, le temps, selon lui, de bien étudier les conséquences de l’arrêt des réacteurs notamment sur l’économie locale. A l’heure ou la « revitalisation locale » est devenue une priorité du gouvernement Abe II, ce dernier argument pèse désormais de tout son poids.

Ces hésitations de la nouvelle ministre de l’économie montre bien les difficultés qu’à le gouvernement Abe à définir une politique de l’énergie cohérente et ce, depuis le retour du PLD en 2012. Après la catastrophe de Fukushima, les démocrates, en accord avec l’opinion publique, ont en effet amorcé la voie vers une sortie complète du nucléaire pour 2040. De retour au pouvoir, les libéraux-démocrates ont alors montré leur détermination à revenir sur cette politique accusée alors, dans une période économiquement difficile, de plomber la croissance.

Toutefois, depuis 2 ans, force est de constater que rien n’a changé sur le plan énergétique au Japon. Le gouvernement fanfaronne certes pour accélérer la remise en activité de certaines centrales, en particulier celle de Sendai (préfecture de Kagoshima) sur l’île de Kyushu, mais aucune n’a encore été redémarrée. Cette dernière a pourtant reçu un blanc-seing de la part de la Commission de règlementation du nucléaire chargée d’évaluer depuis mars 2011 l’application des nouvelles règles au sein des établissements nucléaires. La faute revient essentiellement à un manque de consensus politique au niveau local et aux hésitations du gouvernement central qui doit jongler entre une logique électorale (opposition massive des citoyens au nucléaire) et une logique économique.

La principale raison aujourd’hui invoquée par Obuchi concerne les effets des fermetures définitives sur l’économie locale et les compagnies d’électricité, tous deux en grande difficulté. 7 réacteurs nucléaires sont concernés par ces mesures en l’année prochaine l’âge limite de 40 ans.

Source photo : Yahoo Japan

Shigeru Ishiba : arme à double-tranchant pour Shinzo Abe :

nn20130317a9a-870x722   Shinzo Abe (Gauche) et Shigeru Ishiba (droite)

   Source: Japan Times

Shigeru Ishiba, alors Secrétaire général du PLD depuis septembre 2012, est entré dans le nouveau gouvernement de Shinzo Abe depuis le 3 septembre 2014 en tant que ministre chargé de la revitalisation du Japon provincial. Très populaire auprès de l’opinion, il semblait en effet difficilement envisageable pour le Premier ministre de ne pas l’intégrer dans son équipe gouvernementale remaniée. Pourtant, Abe continue de se méfier de son principal adversaire lors des élections pour la présidence du parti. Sa nomination constitue ainsi une arme à double-tranchant qui pourrait permettre au Premier ministre de consolider sa place dans le parti ou bien accélérer son départ.

Shigeru Ishiba est considéré comme un « faucon », un spécialiste des questions de défense et de sécurité. C’est également un fervent nationaliste partisan d’une révision constitutionnelle. Ministre d’Etat (2002-2004) responsable de l’Agence de défense japonaise, l’ancêtre du ministère de la défense, dans le premier et deuxième gouvernement Koizumi, il envoie les forces d’autodéfense en Irak. Sous le gouvernement Fukuda (2007-2008), il redevient Ministre de la défense avant de devenir Ministre de l’agriculture, des forêts et de la pêche dans le gouvernement Aso (2008-2009). Il y gagne une grande popularité auprès de la population rurale, popularité qu’il conserve encore aujourd’hui. Il se lance en septembre 2012 dans la course à la présidence du parti, remporte le premier tour – durant lequel votent les fédérations du parti – devant Shinzo Abe mais perd au second tour, durant lequel seuls les parlementaires votent. Le nouveau président et Premier ministre l’installe alors au poste de Secrétaire général, le numéro 2 du PLD.

Dès lors, quand Abe décide de remanier son gouvernement, le dilemme Ishiba se pose alors pour lui : s’il est risqué de nommer Ishiba à un ministère qui renforcerait sa crédibilité auprès de l’opinion, il semble tout aussi risqué de l’exclure du nouveau gouvernement en raison de sa grande popularité auprès des masses rurales. Ayant un temps envisagé de le nommer Ministre de la défense, Shinzo Abe a dû se résoudre à lui forger un ministère sur mesure, celui de la revitalisation régionale. Confronté au double fléau du vieillissement et de l’attractivité des centres urbains, le monde rural nippon est en effet en crise depuis plus de trente ans.

Le PLD a fait, depuis son retour aux affaires, de cette questions une priorité nationale, le choix de Shigeru Ishiba devrait contenter les provinciaux et permettre à Shinzo Abe de conserver un bon niveau de popularité malgré les lourdes réformes qui s’annoncent désormais et en particulier la nouvelle hausse de la TVA ou la conclusion de l’accord trans-pacifique qui fait peser un risque sur l’agriculture japonaise. Pourtant dans le même temps, un passage réussi d’Ishiba à ce poste lui permettrait de renforcer considérablement sa place au sein du parti et dans l’opinion, lui permettant d’asseoir sa crédibilité en tant que successeur de Abe face notamment à Sadakazu Tanigaki.

La réussite de Shigeru Ishiba à ce nouveau poste constitue donc un pari risqué pour Shinzo Abe. Pendant ce temps, le 9 octobre un groupe de parlementaires soutenant le nouveau ministre se réunissait pour la première fois …